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gourmandise de mots

  • Crime et Châtiment - compagnon


    Relecture de « Crime et Châtiment », de Dostoïevski, dans les deux tomes édités en Folio achetés il y a cinquante ans et déjà relu quatre fois. La traduction est de D. Ergaz. Les pages ont jauni. Certains passages, pour les retrouver plus facilement, sont marqués par des morceaux de fiches Bristol dépassant du livre :
    la lecture de la résurrection de Lazare par Sonia à la demande de Raskolnikov
    la longue conversation entre Porphyre Petrovitch et Raskolnikov au cours de laquelle Porphyre dit à Raskolnikov qu’il sait très bien que c’est lui le meurtrier
    la scène de la dispute entre Amalia Ivanovna et Catherine Ivanovna (quelle splendeur dans l’écriture, l’utilisation magistrale du discours indirect),
    celle où Svridigaïlov enferme Dounia puis la laisse partir...

    D’autres passages sont marqués par des post-it, des soulignements au crayon 3B utilisé depuis toujours pour la lecture ou pour prendre des notes dans les petits carnets, des pages cornées.

    Ces personnages si familiers, Raskolnikov en premier, qui croient donner un sens à leur vie en prenant des décisions terribles qu’ils s'imaginent raisonnables et qu'ils s'évertuent à justifier...
    Sur une fiche Bristol bleue du format du livre, de l’écriture de ma jeunesse, la liste des personnages avec mention de leur rôle dans l’histoire ; des précisions ajoutées au fur et à mesure des relectures, ainsi pour Sonia dont je n’avais pas du tout perçu, à la première lecture (j’étais trop jeune), le rôle essentiel dans le roman : le mot compassion est accolé à son prénom.

    Compagnonnage tout au long d’une vie avec "Crime et Châtiment"…

  • Et mon cœur est un peu plus grand que l’univers tout entier

    Dans les rayons de la médiathèque, j’ai feuilleté ce recueil de poésie de Fernando Pessoa et j’ai lu ce magnifique poème qui m’a touchée en plein cœur. J’avais oublié mon petit carnet et je ne pouvais pas le recopier. Alors, j’ai emprunté le livre pour le faire à la maison.

    "Je suis sorti du train,
    J’ai dit au revoir à mon compagnon de voyage,
    Nous avions été ensemble dix-huit heures durant.
    La conversation agréable,
    La fraternité du voyage,
    Ça m’a fait de la peine de sortir du train, de le quitter.
    Ami occasionnel dont je n’ai jamais su le nom.
    Mes yeux, je les ai sentis, se sont imprégnés de larmes…
    Toute séparation est une mort…
    Oui, toute séparation est une mort.
    Nous, dans le train que nous nommons la vie,
    Nous sommes tous occasionnels les uns les autres,
    Et nous avons tous de la peine quand finalement nous débarquons.

    Tout ce qui est humain m’émeut, parce que je suis un homme.
    Tout m’émeut, parce que j’ai,
    Non une ressemblance avec des idées ou des doctrines,
    Mais la vaste fraternité avec l’humanité véritable.

    L’employée de maison qui a quitté dans la tristesse,
    Toute éplorée de saudades,
    La maison où on ne la traitait pas très bien…

    Tout cela est dans mon cœur la mort et le malheur du monde.
    Tout cela vit, parce que cela meurt, au fond de mon cœur.

    Et mon cœur est un peu plus grand que l’univers tout entier."



    Fernando Pessoa, Poèmes d’Alvaro de Campos, Ed. Christian Bourgois, traduit du portugais par Patrick Quillier, avec la participation de Maria Antonia Camara Manuel, 2001, p. 280 ; livre emprunté à la médiathèque Jacques Duhamel de Sanary sur mer, cote P PES.